C’est un « jury d’experts exceptionnel » qui a désigné Boubacar Boris Diop comme lauréat 2026 du Lifetime Achievement Award, informe l’Agence rwandaise d’information (RNA) dans un article du 25 septembre 2026. L’écrivain, essayiste et romancier sénégalais sera honoré 6 novembre 2026 à Kigali dans le cadre de la 3e Edition des « Radiate Rwanda Awards » pour la qualité de « son oeuvre considérable » et « pour l’ensemble de sa carrière ».
Organisatrice de l’événement, la maison d’édition Bridgevision se veut une « plateforme multilingue » dont l’ambition est de promouvoir les cultures afro-américaines et caribéennes en les reliant par des « passerelles » comme les langues. Dans ce cadre, la traduction des ouvrages littéraires en plusieurs langues revêt une importance significative aux yeux du jury qui a distingué l’auteur sénégalais.
En effet, Boubacar Boris Diop est un militant de la promotion des langues africaines. Enseignant du Wolof (la langue la plus parlée au Sénégal) à l’université Gaston Berger de Saint-Louis du Sénégal, il a écrit deux romans dans cette même locution : Domi Golo traduit en français sous le titre « Les petits de la guenon » (2009), et Bàmmeelu Kocc Barma (2017), soit « Un tombeau pour Kinne Gaajo » (2024).
Dans cette dynamique, Boubacar Boris Diop fonde le media www.defuwaxu.com, seul quotidien en ligne sénégalais en langue wolof, et met en place la maison d’édition EJO (demain ou futur, en rwandais) au service des langues africaines.
Cette passion pour les langues africaines et, surtout, pour le Wolof, Boubacar Boris Diop la met en connexion directe avec son premier séjour au Rwanda en 1998, quatre ans après le Génocide contre les Tutsis. Un déclencheur.
« Si je n’avais pas été au Rwanda, je n’aurais sûrement jamais écrit en wolof. Ça ne veut pas dire que je n’en aurais pas eu envie. Je n’en aurais pas eu la force », selon des propos tenus par Diop en mars 2024 sur le média France Culture et rapportés par RNA.
De cette période, est né « Rwanda : écrire par devoir de mémoire », un projet collectif mené par dix écrivains africains dont Boubacar Boris Diop pour mettre davantage en lumière les ressorts du génocide. L’auteur sénégalais en tire un roman, « Murambi, le livre des ossements » en 2000 puis en 2011. Un chef d’oeuvre que l’essayiste et éditrice américaine Toni Morrison a qualifié de « miracle ».
« Ce roman est un miracle. Murambi, le livre des ossements confirme ma certitude qu’après un génocide, seul l’art peut essayer de redonner du sens. Avec Murambi, Boubacar Boris Diop nous offre un roman puissant, terrible et beau », soulignait la première femme afro-américaine prix Nobel de littérature en 1993.
Selon Joe Sully, président-directeur général de Bridgevision, l’objectif des Radiate Rwanda Awards « est de faire de Kigali un pôle littéraire en Afrique » et « toutes les pièces du puzzle sont réunies pour y parvenir ».
Pour Bridgevision, la sélection des ouvrages en compétition se base sur un critère déterminant : ils doivent « éduquer, informer, inspirer, interpeller et réconforter les lecteurs rwandais et africains à travers le continent ».
En 2022, Boubacar Boris Diop devient le premier auteur francophone en Afrique au Sud du Sahara récipiendaire du prix international de littérature Neustadt, une sorte de Nobel américain dont les membres du jury sont renouvelés à chaque édition. D’illustres auteurs du monde entier en ont été récompensés : Gabriel Garcia Marquez, Octavio Paz, Edouard Glissant, etc.
Les membres du jury mis en place par Bridge Vision sont : le professeur et écrivain Viateur Ndikumana (vice-recteur de Kibogora Polytechnic, Rwanda), Mathilde Kayitesi (promotrice du livre, directrice exécutive de UMUHUZA), professeur Calixte Kabera (écrivain et recteur de l’East African University, président du jury), Jérôme Kajuga (représentant de l’Unesco au Rwanda) et Thais Ruboneka (directrice des ‘’American Spaces’’ à l’ambassade des Etats-Unis à Kigali.







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